Chez This is our prod, nous aimons mettre en avant les initiatives qui font réellement avancer le quotidien des artistes. C’est le cas d’Intermitrack, une application disponible sur Android et iPhone, développée par Yohan Serradj, intermittent du spectacle et technicien lumière installé dans le Val-de-Marne.
En échangeant avec lui, nous avons vite compris qu’il ne s’agissait pas d’une application créée pour répondre à un effet de mode, mais d’un projet né d’une frustration que beaucoup d’entre nous connaissent.
Une idée née d’un problème très concret
Au moment de son recalcul de droits, Yohan se retrouve à jongler entre plusieurs plateformes, ses notes de téléphone et un tableau Excel qu’il s’était fabriqué pour suivre ses heures.
Puis vient le déclic.
« Je me suis vu prendre les notes du téléphone pour les recopier sur l’ordi, et je me suis dit : pourquoi ne pas créer un outil qui regroupe tout ? »
L’idée est simple : proposer un seul endroit où suivre ses missions, ses heures, ses cachets et ses droits, afin de ne plus attendre le dernier moment pour découvrir qu’il manque une AEM ou que le recalcul aurait été plus avantageux quelques semaines plus tôt.
En seulement cinq mois, et après près de 400 heures de développement réalisées seul, Intermitrack est publiée sur les stores.
Notre avis à chaud

Soyons transparents : l’application est encore jeune. L’ergonomie n’est pas encore parfaite et certaines manipulations pourraient être plus fluides. La saisie des missions demande également un peu de temps, même si des améliorations sont déjà prévues pour simplifier cette étape.
Mais ces défauts restent finalement mineurs au regard de tout ce que propose déjà l’application.
Ce qui nous a le plus convaincus, c’est le suivi en temps réel des heures et des droits. Une fonctionnalité simple, terriblement efficace… et qui nous laisse une question : pourquoi n’existe-t-elle toujours pas dans les outils de France Travail ? Même s’ils améliorent progressivement leurs services numériques, il faudra probablement plusieurs années avant d’offrir un niveau de suivi comparable (…et encore…^^). En attendant, Intermitrack répond déjà à un besoin bien réel.
Nous avons également apprécié le soin apporté à l’interface, la richesse des fonctionnalités proposées et surtout la réactivité de son développeur. Nous avons pu lui transmettre plusieurs suggestions ainsi que quelques bugs rencontrés lors de nos essais. À chaque fois, les échanges ont été rapides, constructifs et accompagnés d’une véritable envie d’améliorer le produit. On sent que l’application évolue avec sa communauté.
Un succès aussi rapide qu’inattendu
Yohan ne s’attendait pas à un tel démarrage.
Sans aucune campagne de publicité, plus de 1 000 utilisateurs ont rejoint Intermitrack en une vingtaine de jours.
« Gérer les retours et les correctifs, c’était génial pour l’application… beaucoup moins pour mes nuits de sommeil. »
Ce succès met aussi en lumière une réalité souvent méconnue : développer une application ne s’arrête pas à sa mise en ligne.
Serveurs, stockage, outils de développement, publication sur le Play Store et l’App Store, envoi des mails automatiques… aujourd’hui, le projet représente déjà près de 250 € de frais chaque mois, entièrement financés par son créateur.
Plutôt que de solliciter des dons, Yohan préfère un modèle qu’il juge plus durable : conserver une version gratuite avec toutes les fonctionnalités essentielles et proposer une version Premium, à un tarif volontairement accessible, pour financer les évolutions à venir et garantir la pérennité du projet.
Nous trouvons cette démarche particulièrement saine. Lorsqu’un outil est réellement utile et qu’il est développé avec autant d’investissement, il est normal qu’il puisse trouver un modèle économique lui permettant de continuer à évoluer.

Plus qu’une application, une démarche
Parmi les nombreux messages reçus depuis le lancement, un a particulièrement marqué Yohan. Celui d’une femme d’une quarantaine d’années qui lui expliquait ne pas être à l’aise avec les nouvelles technologies, mais avoir trouvé Intermitrack simple et intuitive.
« C’était précisément mon but : faire un outil où tu n’as pas besoin d’être doué avec un téléphone pour t’y retrouver. Quand une personne qui se décrit elle-même comme « pas la plus douée avec un téléphone » me dit qu’elle la trouve simple et pratique, pour moi c’est gagné. »
Cette citation résume sans doute mieux que tout le reste l’esprit du projet.
À une époque où l’on voit fleurir des applications développées à toute vitesse, souvent davantage pensées pour trouver un modèle économique que pour répondre à un besoin réel, il est agréable de découvrir une démarche inverse : celle d’un intermittent qui a d’abord cherché à résoudre son propre problème avant d’en faire profiter toute une profession.
Nous tenions à féliciter Yohan pour le travail déjà accompli et à l’encourager à poursuivre cette aventure. Intermitrack montre qu’il est possible de faire avancer concrètement le quotidien des intermittents, parfois bien plus rapidement que les outils institutionnels. Nous lui souhaitons une belle réussite et espérons voir son application continuer à évoluer au rythme des besoins de celles et ceux pour qui elle a été créée.

